les lieux des autres
Antoine Caclin – Gaëlle Cressent – Hélène Delépine – France Parsus
Par sa définition, le mot lieu (du latin locus) désigne une portion déterminée de l’espace. Une fragmentation physique, mentale ou idéologique d’un tout.
« les lieux des autres » est la rencontre des travaux des artistes lauréat.e.s 2024 du Prix des arts visuels de la ville de Nantes. Imaginée comme une mise en présence des espaces de pensées de chaque artiste, l’exposition propose aussi une ligne de lecture commune. Lieux de pouvoirs et de luttes, lieux d’attente et de métamorphose, indices d’architectures passées et en devenir, les pièces présentées sont autant de locutions, inscrites dans un réel commun et s’articulant pour faire naître un premier dialogue, prélude pour l’exposition du Prix à L’Atelier, à Nantes en 2026.
Antoine Caclin travaille une pratique pluridisciplinaire. Enrichie par diverses
méthodologies de recherches, sa production propose une relecture des imaginaires
du travail et du repos en observant nos systèmes d’organisation et nos rituels
contemporains. Sensible aux dynamiques économiques et aux techniques managériales,
il interroge les mécanismes de production et d’organisation, révélant leurs absurdités et
détournant leurs codes. Sa signature esthétique mêle bureaucratie et signalétique, avec
une prédilection pour les objets trouvés, modifiés ou créés de toute pièce, interrogeant
le rapport au travail manuel en autorisant les accidents, révélant la tension entre la
rationalisation industrielle et l’imperfection humaine dans l’acte de produire. Il propose
pour l’exposition, une sélection d’œuvres présentant un aperçu de son vocabulaire
artistique, entre sculptures inspirées de formes utilitaires, vidéo composée à la manière
d’un tutoriel, œuvres protocolaires et pratique du dessin.
Gaëlle Cressent articule sa pratique entre photographie et installation. Questionnant les
notions de ressources matérielles, d’apparition et de diffusion des images, elle explore
les surfaces d’objets contemporains porteurs de signes. Dans une sorte d’archéologie
du futur, son projet TABLETTES (soutenu en 2021 par l’AIC DRAC PdL) propose un
espace d’expérimentation. “Travailler l’image, l’altérer jusqu’à faire disparaître sa
figuration et son sens, et ainsi faire naître des traces, les vestiges d’un geste, d’une
manipulation. La surface des œuvres joue avec les hauteurs, les profondeurs, des
superpositions, des strates réelles ou fictives, révélées ou créées, montées de toutes
pièces. Et lorsque l’espace photographique rencontre l’espace sculptural et porte au
monde une matérialité dans et par laquelle, les fractures et les recouvrements se situent
à la jonction d’un espace-temps non défini.” – Anne-Virginie Diez
Hélène Delépine est artiste sculptrice. Son travail interroge la permutation du réel
et de notre imaginaire en mêlant l’architecture à l’objet, le passé au futur, l’essor au
déclin. Le pensant comme un jeu de construction fait d’expériences de combinaisons
qui fonctionne par l’usage du signe et de l’indice, l’artiste, profondément inspirée par le
grand architecte et designer Ettore Sottsass, souhaite transformer le banal en potentiels
archétypes mythiques. L’artiste emprunte à nos paysages habités un répertoire de
formes et d’images ayant une capacité à s’abstraire afin d’élaborer un vocabulaire
formel simple et essentiel. Elle développe un univers fait d’ambivalences en explorant
une multiplicité de points de vue et de rapports d’échelle. Le doute sur ce qui est donné
à voir permet de révéler les possibilités fictionnelles du réel.
La pratique de France Parsus s’articule surtout autour de la peinture à l’huile et du
dessin. Un des axes principaux de son travail est l’expérience du paysage. Il y a toujours
un rapport à la disparition, à ce qui empêche de voir, à ce qui n’est pas ou n’est plus
visible. Questionner aussi une certaine manière d’occuper l’espace et notre rapport
aux images. Peu après son arrivée à Nantes, elle a entamé un travail autour des gaz
lacrymogènes, du maintien de l’ordre et plus largement des violences policières. Ce
travail s’est élargi aux mouvements sociaux et à leur représentation et médiatisation.
Elle présente ici une peinture de la série Joies, un travail autour des fumigènes, et des
dessins issus de la série Bruits, réalisés à partir d’une collection de restes de poubelles
de plastiques brûlées avec différents passages du temps.
les lieux des autres
Vernissage le vendredi 4 avril à partir de 18h30
Exposition visible du 5 avril au 10 mai 2025
Le Grand Huit, espace d’exposition et de diffusion des Ateliers BONUS, est ouvert le mercredi, vendredi et samedi de 14h à 18h et le jeudi sur rdv
Adresse : 36 Mail des Chantiers – 44200 Nantes
Accès : Tram 1 : Arrêt Chantiers Navals
Bus 5 : Arrêt Quai des Antilles
