Architectures sédimentaires

Sous un ciel maladivement lumineux…

  • commissariat de l’exposition : Michael Lassabe
  • du 18 au 27 janvier 2019 – Atelier Alain Le Bras – 10 rue Malherbe – Nantes
  • avec : EVOR – HÉLÈNE DELÉPINE – MANUIA FAUCON – MICHAEL LASSABE – SANDRA PLANTIVEAU – ULYSSE DYÈVRE

« Dans un paysage comme la nature n’en saurait créer, dans un paysage où le soleil s’apâlit jusqu’à l’exquise et suprême dilution du jaune d’or, dans un paysage sublimé où sous un ciel maladivement lumineux, les montagnes opalisent au-dessus des bleuâtres vallons le blanc cristallisé de leurs cimes ; dans un paysage inaccessible aux peintres, car il se compose surtout de chimères visuelles, de silencieux frissons et de moiteurs frémissantes d’air, un chant s’élève, un chant singulièrement majestueux, (…). »

« Après les fleurs factices singeant les véritables fleurs, il voulait des fleurs naturelles imitant des fleurs fausses. »

« Réunies entre elles, ces fleurs éclatèrent (…), plus monstrueuses que lorsqu’il les avait surprises, confondues avec d’autres, ainsi que dans un hôpital, parmi les salles vitrées des serres. »

« Après avoir choisi ces cinq artistes selon un dénominateur commun, à savoir qu’ils procèdent tous ici de démarches qui me touchent, il m’a fallu justement nommer cette rencontre qui mêle graphisme et volume. Avec des réalisations relevant à la fois du dessin détaillé et de la simple trace, de formes architecturées et de matériaux quasi bruts.

Ressentir que ces productions hétérogènes oeuvrent dans la même voie ne suffit pas. J’ai songé à la figure de l’oxymore comme étant la plus propice à nommer notre rencontre. J’ai pour cela emprunté l’expression sous un ciel maladivement lumineux à Joris-Karl Huysmans dans le recueil de critiques Paraphrases. Cette figure stylistique enrichit le langage et introduit un rapport poétique par l’apposition de deux termes contradictoires. C’est ici l’ambition de cette exposition : agencer ces oeuvres comme des mots bifides afin qu’elles se dévoilent sous une nouvelle terminologie commune, quelque part entre une lumière sourde et une déliquescente pénombre. (…) Cette exposition est pensée comme un espace en résonance dissonante avec le réel, comme un doux murmure issu du fracas du monde, dont l’enjeu est d’organiser nos propositions artistiques afin qu’un autre vocabulaire se dévoile.

A nous de trouver l’épicentre idéal, le point de convergence qui enrichit nos productions d’un sens souterrain, d’une cohérence plus opaque et lumineuse où nos oeuvres sont telles les boutures d’une plante unique et aberrante, ne pouvant croître que sous un ciel maladivement lumineux… »

Michael Lassabe

Architectures sédimentaires

Les oeuvres présentées à l’occasion de cette exposition se situent dans la continuité de cette démarche, privilégiant une recherche plastique sous forme de modules, éléments architecturaux qui renvoient aux fondations de construction mais aussi à l’archétype de la colonne. Ces fragments viennent s’intercaler entre des formes organiques partiellement découpées, dévoilant de possibles et hypothétiques strates géologiques.

Figures résiduelles en proie au déclin ou au déploiement, ces associations imaginées entre le débris architectural et la roche sédimentaire incarnent une synthèse de ce qui resterait, pour le sublimer comme tel.